Voici le résultat de mes recherches

Je commence par la faim, encore… Ce qu’il faut savoir c’est que cet appétit est incontrôlable; on voudrait tant savoir ce qui vient, ce qui sera, comment ça se passera… Selon nos calculs enfin, par leur exactitude naîtra l’idée générale, la structure des événements, par les erratas adviendra l’harmonie du naturel. Un faux-naturel laid et froid quoi, qui sèmera le doute éternel dans mon esprit, qui fera de tout réel un setup, una cena, une commande. La laideur des plans, des cartes, des périlleux walkthrought, des recettes glauques dépend de l’appliquant dans ce cas-ci. Pourquoi suis-je l’appliquant? Il faudrait songer à arrêter la partie, à abdiquer au vide la grande idée. Quitter volontiers l’escalade d’une charpente à moitié clouée pour le confort de ses murs que l’on ne soupçonnerait s’effondrer. Je respire un instant dans ce lieu mi-clos, la bouche soufflante et les yeux entre-ouverts, et j’entreprends cette recherche:

 

Il n’y a plus de destination possible, parce que partir d’ici, c’est faire un mauvais départ. C’est construire le solide sur le mou et s’y enfoncer éternellement… Un peu comme une aiguille qui pourfend les nuages, elle s’oxyde dans sa chute et accumule tant de rouille qu’elle devient méconnaissable, transfigurée. Il y aurait une goutte d’eau limpide qui lui sertirait le chas en guise d’œil. Ainsi, l’aiguille pourrait filer à toute allure croyant savoir où aller, et les nuages, tenus en haleine, ne sauraient dire où elle va. Elle valse l’aiguille qui glisse sharp sharp dans les eaux de surface du grand néant. Les plus lisses vapeurs du continent cavalent en courants tourbillons et nous portent en elles lorsque nous retournons à la terre. Et l’aiguille, ignorant tout cela, chevauche les indomptables souffles là où ils vont, chargés de fantômes. Ils font le tour du monde, d’un nuage à l’autre et ainsi de suite sans que le soleil ne se couche vraiment pour eux tous. Dans ce transport, l’aiguille ne gît jamais sur le sol; elle transpercera parfois des oiseaux perdus, elle crèvera souvent le cœur des enfants en emportant au passage des ballons envolés, offerts au ciel des dégonflés, elle ne retrouve jamais de fil ni de raison, sinon qu’en de brèves caresses éparpillés par les vents décousus. Ce sont le plus souvent des brindilles amères, des brins d’herbe déracinés ou des moutons de pollen qui viennent pour aveugler au cœur du chas, la goutte extralucide qui réfracte la lumière et la projette en rayons d’humeurs vaporeuses sur les nuages qui, passivement, se colorent et se confondent entres eux. Tout cela pendant que l’aiguille valse sur des kilomètres-heures, sans heurts ni maîtres, vouée aux vents véniels qui peuplent les hauteurs, là où se perdent les aiguilles par milliers sans jamais retrouver le fil de leur vie, sans jamais revoir un pote lointain issu d’une même botte de foin. Elle attend l’heure de pointe pour filer en vrilles aériennes vers les horizons brumeux de la ville, où elle se conforte à l’idée de voir voler des bouts de ficelle égarés, des rognures d’écharpes esseulées, des soies dentaires mal-cirées, des cordons de théières sans sachets, des cordes de tampons taponnées… Toujours un nuage docile, toujours une brise servile, une aiguille sans fil, un corps sans nombril. À tout bout de champ, dans les tranchées, dorment les pics et les clous, les épées rouillées et les lances meurtries. À tout bout de champ, dans les trous de la terre en culture, aboutissent aussi les aiguilles en épaves, dans les écueils qui engloutissent le bruit du vent, dans les mouchoirs des nuages qui font des voiles dans la pluie. Dans l’eau qui ruisselle à tout bout de champ, qui remonte comme le sang dans la tête de ses veines souterraines, elles parviennent aux caniveaux des villes, elles refont surface aux égouts de la crasse, elles débordent en reflux de dards pollués des venins de la masse, des hérédités contagieuses, des infirmités traumatiques de la mémoire. Tout en se recrachant au dehors, elles s’évaporent encore vers les sublimes félicités du vol de la légèreté, oubliant les lourdes clefs qui ouvrent les portes franchies par le passé. Les aiguilles filent des jours heureux et tissent d’entrelacs et de milles arabesques des toiles admirables et ombrageuse qui défient l’imagination ordinaire et qui disparaissent dans les airs, comme le mirage se dégénère. L’aiguille égarée de panique rêve qu’elle se pique et évite de se pincer. Puisqu’elle domine, tous les nuages ploient l’échine sous les doses endorphines qu’elle pénètre en cuillère, l’alêne injectée dans le fer. Elle maudit sans foi des amoureuses tristes immaculées de misère qui désespèrent et s’effritent comme les pleureuses de sel qui virent brûler Sodome, une fois encore avant de quitter Gomorrhe. Maudire amantes et maîtresses déchues comme des hommes attardés, vantés de vétilles, qui enrichissent l’horreur en faisant l’amour à leurs mères comme à leur filles. Le réveil est brutal, la conscience salie, le blanc vermeil  ceint l’iris, l’odeur de chien moisi. Sur le coup , l’aiguille coule à pic et s’enfonce à chaque tic-tac dans un rêve en profondeur où elle cherche l’odeur confortante des retrouvailles, le lieu de péremption rêvé pour se recoudre les entrailles….Bref… le coeur affamé verra ses destinations planifiées éconduire les fortuites épousailles.

 

FGR.

~ par violencephale le novembre 3, 2010.

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